Chapitre 27

DIAGNOSTIC D'UN TROUBLE DE LA VISION BRUTAL

Dr Damien Grivet, Pr Philippe Gain

Responsable du Document : Pr Philippe Gain

Dernière mise à jour : 17 février 2003

I – BAISSE D’ACUITE VISUELLE BRUTALE

II – SCOTOME D’APPARITION BRUTALE

III – MYODESOPSIES D’APPARITION BRUTALE

IV – PHOSPHÈNE D’APPARITION BRUTALE

V – METAMORPHOPSIES D’APPARITION BRUTALE²


DIAGNOSTIC D'UN TROUBLE DE LA VISION BRUTAL

Dr Damien Grivet, Pr Philippe Gain

La vision comprend deux éléments : l’acuité visuelle (AV), chiffrée en 10/10 qui permet la discrimination fine (la lecture) et le champ visuel (CV) qui permet de se situer dans l’espace. Cette vision se fait sans éléments "parasites" comme des mouches volantes, des éclairs lumineux, des déformations.

On conçoit ainsi que l’objectif "trouble de la vision brutal" comporte soit la baisse de l’acuité visuelle (motif de consultation le plus fréquent en ophtalmologie !), les anomalies du champ visuel (scotome), la perception de myodesopsies (un des motifs de consultation " urgente " les plus fréquents en ophtalmologie), de phosphènes (fréquents eux aussi), ou encore de métamorphopsies (pas rare).

Quel que soit ce trouble, son diagnostic étiologique repose avant tout sur l’examen ophtalmologique urgent avec en premier lieu l’examen méticuleux du fond d’œil (verre à 3 miroirs, pupilles dilatées). Puis selon le cas, parfois la réalisation d’examens complémentaires ophtalmologiques purs (relevé du champs visuel, angiographie rétinienne…) ou généraux (imagerie cérébrale...) feront le diagnostic étiologique de ce trouble visuel brutal…

I – BAISSE D’ACUITÉ VISUELLE BRUTALE

C’est bien entendu le plus gros morceau de ce cours (Tombe à l’examen !), se rapporter chapitre 26 baisse d’acuité visuelle rapide ou brutale. Les causes de baisse d’acuité visuelle brutale à œil rouge sont souvent assez évidentes à diagnostiquer dès la simple inspection…L’intérêt de la question réside bien entendu dans les causes de baisse d’acuité visuelle à œil blanc et indolore, chacune d’elle pouvant faire parfaitement l’objet d’une question à part d’examen de faculté ou d’internat…

 

Le quizz : au fait, reconnaissez-vous ces 5 causes de baisse visuelle unilatérale rapide (ou brutale) à œil blanc et indolore ?

II – SCOTOME D’APPARITION BRUTALE

1- Définition

Le scotome est défini par une amputation plus ou moins importante en surface ou en profondeur du champ visuel. Il sera accompagné d’une baisse d’acuité visuelle uniquement s’il intéresse l’aire maculaire (tombe en QCM)

Le scotome peut être relatif (déficit pas total, la perception est diminuée) ou absolu (le déficit est total, la perception est abolie dans l’aire du scotome). Le scotome peut être positif (perçu par le patient qui se plaint d’une tache) ou négatif (le patient ne s’en rend pas compte, ce qui n’est pas rare).

2- Diagnostic étiologique

2-1 Scotome brutal unilatéral : rétine ou nerf optique…

Ils est causé par une anomalie siégeant au niveau de la rétine ou du nerf optique. Sa forme est non spécifique. Le diagnostic repose sur le fond d’œil en urgence (comme dans tout ce cours d’ailleurs ! ! !).

2-2 Scotome brutal bilatéral, en général assez symétrique : neuro-ophtalmo…

Il s’agit de trouble au niveau des voies optiques. Se reporter au chapitre 23 anomalies du champ visuel.

Quelques réflexes :

Réflexe 1 : imagerie cérébrale (IRM ou TDM)

Réflexe 2 : faire faire quand même un fond d’œil… au moins le lendemain si les examens d’imagerie sont normaux …car parfois maladie rétinienne ou du nerf optique bilarérale !

Réflexe 3 : hémianopsie (ou quadranopsie ou simple scotome) bitemporal : réflexe chiasma et sa région 

Réflexe 4 : hémianopsie ou quadranopsie latérale homonyme : réflexe AVC ou processus expansif intra-cranien (dont tumeur !)

Le quizz : au fait, comment appelez-vous ces 3 anomalies du champ visuel ? … et se situe la lésion causale ?

Trouble du champ 1

Trouble du champ 2

Trouble du champ

2-2 Scotome brutal bilatéral très asymétrique… rare

Rare, ils sont plutôt liés à des maladies bilatérales de la rétine (par exemple une occlusion de branche artérielle ou veineuse rétinienne bilatérale !) ou de neuropathies optiques aiguës bilatérales. S’il n’y a rien au fond d’œil… alors penser bien sûr à une atteinte des voies optiques (cf ci-dessus) !

III – MYODESOPSIES D’APPARITION BRUTALE

1- Définition

Il s’agit d’un motif très fréquent de consultation qui ne doit surtout pas être banalisé. Le patient vient souvent en urgence, très inquiet, redoutant parfois un décollement de rétine. Il s’agit d’opacités siégeant dans le vitré.

Il perçoit dans un œil (parfois les 2) des éléments noirs punctiforme et/ou filiforme en suspension parasitant sa vision, mieux vus sur une surface blanche ou en regardant le plafond et dont les déplacements sont modifiés par les mouvements de ses yeux et/ou de la tête. Le patient les décrit comme des "mouches", des "fils", des "cheveux", des "toiles d’araignée".

2- Diagnostic étiologique

2-1 Décollement postérieur du vitré (ou condensation du vitré) : cause la plus fréquente mais diagnostic d’élimination !

Il s’agit de la cause la plus fréquente de myodésosies, sans gravité, mais qui impose d’éliminer les autres causes par un examen attentif du fond d’œil (et de sa périphérie) au verre à 3 miroirs sur pupille dilatée !

Rappel : dans la première partie de la vie (avant 50 ans), le vitré est adhérant au niveau de la partie la plus périphérique de la rétine (appelée ora serata) et au niveau du fond d’œil à la papille (adhérence annulaire, formant un anneau invisible … lorsqu’il est adhérent).

L’évolution naturelle du vitré au cours de la vie (après 50 ans le plus souvent) est marquée par sa condensation et donc la diminution de son volume (on sèche avec l’âge !). Ainsi, le vitré va se condenser voir brutalement se décoller de la périphérie de la rétine et du pôle postérieur (créant aussi parfois des phosphènes diffus comme on l’a vu précédemment). Ces condensations du vitré et la visibilité de l’anneau d’insertion postérieur sont autant d’éléments qui peuvent générer des opacités et donc des myodésopsies.

Point important : parfois, au moment du décollement postérieur du vitré, la rétine périphérique se déchire, voir se décolle, surtout si le sujet était auparavant porteur d’une zone de fragilité rétinienne (givre ou palissade), particulièrement fréquente chez les myopes…On comprendra que le diagnostic de décollement postérieur du vitré doit rester un diagnostic d’élimination… une fois éliminées les autres causes de myodésopsies dont les 2 principales sont la déchirure rétinienne (laser Argon urgent !) et le décollement de rétine (chirurgie urgente).

 

2-2 Déchirure rétinienne ou décollement de rétine (fréquent)

A éliminer en priorité ! Rechercher facteurs de risques à l’interrogatoire : myopie, antécédent de chirugie de la cataracte, traumatisme oculaire sévère.

Piège : parfois la déchirure (ou le décollement de rétine) provoquent une hémorragie dans le vitré (alors puie de mouche ou de suie !) qui rend le diagnostic au fond d’œil impossible ! Faire alors une écho B.

Déchirure = traitement au laser Argon

Décollement = traitement chirurgical uniquement

 

2-3 Hémorragie intravitréenne (peu fréquent)

Dans ce cas les myodésopsies sont très abondantes au début, avec la classique expression imagée qui marque la mémoire "la pluie de suie, c’est l’hémorragie dans le vitré", puis le sujet voit rouge puis ne voit plus ! Au fond d’œil, la cavité vitréenne est rempli de sang (tout rouge !), laissant parfois à peine deviner la rétine.

Redouter en premier lieu une déchirure à la rétine ou un décollement de rétine (faire écho B) puis rechercher des facteurs de risques de pathologie vasculaire rétinienne à l’interrogatoire : diabète (rétinopathie ischémique proliférante), artériosclérose avec HTA, hypercholéstérolémie, tabac (occlusion de la veine centrale de la rétine ischémique proliférante), traumatisme, prise d’anticoagulant.

2-3 Uvéite postérieure (inflammation du vitré, souvent associée à une choriorétinite) (peu fréquent).

Les corps flottants sont dus à amas de cellules et éléments inflammatoires (lymphocytes) que le sujet peut visualiser, réalisant un effet tyndall du vitré. A noter qu’en cas d’uvéite antérieure (tyndall de chambre antérieure), le sujet ne perçoit pas de myodesopsies.

2-4 Enfin, quand on a tout éliminé… il peut s’agir de symptômes de fatigue visuelle liée à un trouble de réfraction : hypermétropie. (fréquent)

Penser alors à faire une skiascopie car le sujet peut avoir 10/10 ! Rechercher symptômes associés : yeux parfois rouges, qui piquent (surtout le soir, sur écran, à la lecture), fluctuation visuelle… Traitement : lunettes !

IV – PHOSPHENE D’APPARITION BRUTALE

1- Définition

Il s’agit de la perception d’un phénomène lumineux dans le champ visuel, décrit comme " étincelle " "  éclair " ou " flashs " uni ou bilatéraux, de nombre, de topographie, de couleur, d’intensité et de taille variable.

2- Diagnostic étiologique

2-1 Décollement postérieur du vitré : cause là encore la plus fréquente mais diagnostic d’élimination !

Le vitré qui brutalement se décolle de la périphérie de la rétine crée des phosphènes qui sont unilatéraux, nombreux, diffus (le sujet ne peut pas les localiser), blancs, peu brillants, et petits.

L’auto test du jour… créez vous des phosphènes… en vous frottant fermement les yeux…ce qui reproduit un peu les phosphène du décollement postérieur du vitré.

Point important : comme pour les myodesopsies, parfois, au moment du décollement postérieur du vitré, la rétine périphérique se déchire, voir se décolle, surtout si le sujet était auparavant porteur d’une zone de fragilité rétinienne (givre ou palissade), particulièrement fréquente chez les myopes…et le diagnostic de décollement postérieur du vitré sera un diagnostic d’élimination… une fois éliminées les autres causes de phosphènes dont les 2 principales sont la déchirure rétinienne et le décollement de rétine

2-2 Déchirure rétinienne ou décollement de rétine (fréquent)

A éliminer là-aussi en priorité ! Le phosphène de la déchirure est assez caractéristique : unilatéral, unique, bien localisé, plutôt bleuté, assez brillant et gros (tombe en QCM). Rechercher facteurs de risques à l’interrogatoire : myopie, antécédent de chirurgie de la cataracte, traumatisme oculaire sévère… et bien sûr d’autres signes visuels de décollement de rétine (scotome)

2-3 Migraine ophtalmique (fréquent)

Il s’agit de migraines avec auras visuelles (l’œil n’est pas malade !) qui peuvent revêtir différents aspects :

Ces auras visuelles ont la même valeur sémiologique que les autres auras des migraines accompagnées.

V – METAMORPHOPSIES D’APPARITION BRUTALE

1- Définition

Perception déformée de la vision centrale pathognomoniques d’une atteinte de la macula (Tombe en QCM). Le patient décrit des déformations des lignes droites (arrête de mur, toit de maisons, lignes du journal). Parfois très pénible à vivre. On peut les objectiver en le faisant fixer avec un seul œil le point central d’une feuille quadrillée (appelée test d’Amsler) et de reproduire avec un crayon le quadrillage. Son dessin, déformé, correspond à sa perception déformée. Ceci témoigne anatomiquement de la perturbation de la verticalité des photorécepteurs à cônes de la macula.

Une variante de la métamorphopsie est la micropsie qui est une diminution de la taille des images d’un œil, qui est le témoin d’un œdème de la macula qui projet les cônes vers l’avant…

2- Diagnostic étiologique

Soit la macula est déplacée anatomiquement (déplacée ou oedèmateuse) … soit elle est malade (inflammée, vieillissante ou myope forte).

2-1 Décollement de rétine touchant la macula (rare)

Rare mais y penser… au moment précis ou le décollement commence à soulever la rétine, le sujet peut percevoir des métamorphopsies… puis plus d’acuité visuelle ensuite…

2-2 Oedème maculaire (rare)

Causes variées, pas à connaître de l’étudiant… sauf peut être celui de la rétinopathie diabétique dans sa forme oedémateuse. Volontiers une micropsie. Diagnostic = angiographie rétinienne en fluorescence.

2-3 Foyer de choriorétinite maculaire (peu fréquent)

La seule cause à connaître : la toxoplasmose +++ (voir cours sur uvéites postérieures)

2- 4 Dégénérescence Maculaire Liée à l’Age (dite DMLA) (très fréquent, voir cours 32 " Maladies de l’œil liées au vieillissement ")

Il s’agit de loin la cause la plus fréquente de métamorphopsies +++, véritable fléau national du au vieillissement (vers 70 – 80 ans le plus souvent). L’atteinte est progressive mais le ressenti est parfois brutal. Très souvent l’atteinte se bilatéralise avec le temps.

2- 5 Dégénérescence maculaire de la myopie forte (fréquent)

Uniquement pour les myopies très fortes (souvent –10 ou plutôt de l’ordre de –20 dioptries). Mêmes symptômes que la DMLA mais survenue à un âge bien plus jeune (30-40 ans). Constitue en France une des principales causes de malvision de l’adulte jeune (avec le diabète). Se méfier que ne soit pas un décollement de rétine !

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