greffe de cornée
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FICHE DE TECHNIQUE OPERATOIRE 

 GREFFE DE CORNEE de A à Z

Par Claudie Roche (Elève Infirmière de Bloc Opératoire)

Validation : Dr Ph Gain

 

Ma motivation pour réaliser ce travail à été le fait qu’une de mes amies était en attente de greffe de cornée. J’ai donc approfondi mes connaissances , et de ce fait, j’ai pu apporter des réponses à ses questions.

Pour réaliser ce travail, j’ai puisé de nombreuses informations dans les revues Hop Infos des mois de novembre 1999 et février 2000, dans lesquelles deux articles étaient consacrés à la greffe de cornée au sein du CHU de St-Etienne (interview du Dr P.Gain, ophtalmologiste des hôpitaux).

 

PLAN DU TRAVAIL

Rappels anatomo-pathologiques

1) Anatomie

2) Grandes pathologies de la cornée

a) opacité ou taie cornéenne

b) troubles de la sphéricité cornéenne

Définition et but de l’intervention

Parcours du greffon

1) Rôle du coordinateur

2) Le prélèvement

3) La conservation

4) Les contrôles

a) d’un point de vue sécuritaire

b) contrôle de qualité du greffon

Technique opératoire

1) Dispositif opératoire

a) préparation

b) installation du patient

c) confection de 2 tables d’instrumentation

d) l’antisepsie

e) le drapage

f) installation du microscope

2) Temps spécifiques

3) Examens de laboratoire et traçabilité

Conclusion

 

 

RAPPELS ANATOMO-PATHOLOGIQUES

1) Anatomie

La cornée est une pellicule transparente, faite essentiellement de collagène, d’eau et de cellules, qui est le prolongement en avant de la sclérotique, dont elle ne diffère que par sa transparence. Elle a la forme d’une ellipse de 12 mm d’axe horizontal et de 11 mm d’axe vertical, son épaisseur est d’environ 600µm au centre, 800 en périphérie

Elle est baignée en avant par les larmes, en arrière elle entre en contact avec l’humeur aqueuse.

Cornée. Coupe sagittale de l’œil, partie antéreiure

1. Conjonctive ; 2. Cornée ; 3. Iris ;

4. Cristallin ; 5. Corps vitré ; 6. Corps ciliaire ;

7. Sclérotique.

 

 

 

2) Principales propriétés de la cornée :

- Transparence, permet ainsi la transmission intégrale des rayons lumineux.

- Sphéricité, permet de faire débuter la convergence des rayons lumineux sur le fond d’œil.

3) Grandes pathologies de la cornée

a) opacité ou taie cornéenne

Les opacités cornéennes ont de nombreuses origines. Il peut s’agir de séquelles de traumatismes cornéens, comme une plaie de cornée ou une brûlure.

Parfois, il s’agit d’une opacité qui fait suite à une infection cornéenne virale, et notamment à un ulcère de cornée herpétique.

Il peut aussi s’agir de maladies opacifiantes et héréditaires de la cornée, nommées « hérédodystrophies ».

Le dernier grand groupe de troubles de transparence de la cornée est constitué par des oedèmes de cornée, notamment secondaires à des interventions de cataracte d’autrefois qui étaient agressives vis-à-vis de la cornée (de plus en plus rares).

b) troubles de la sphéricité de la cornée.

Il n’existe qu’une pathologie dans ce groupe, c’est le kératocône. Comme son nom l’indique, kérato signifie cornée et cône, déformation conique…

L’origine de cette maladie est inconnue, pourtant assez fréquente, débutant à l’adolescence pour se poursuivre jusqu’à l’âge adulte. La cornée perd progressivement sa sphéricité, elle devient « astigmate ». Le patient peut au début être corrigé par des lunettes puis des lentilles de contact spéciales (rigides), puis celles-ci ne sont plus supportées et le kératocône arrive à un stade chirurgical. Il n’y a alors qu’une solution, la greffe de cornée vers 25-35 ans le plus souvent.

 

DEFINITION ET BUT DE L’INTERVENTION

 

La greffe de cornée consiste tout d’abord à prélever un disque de 8,25 mm de diamètre, par une petite trépanation, au centre de la cornée donneuse.

Puis trépanation de 8,00 mm de diamètre de la cornée pathologique de l’œil du patient (un peu plus petit pour des raisons d’étanchéité).

Enfin la réalisation de la suture du greffon par un fin surjet de monofilament nylon 10.0 (épaisseur de 1/50 mm, fil non résorbable et très bien toléré).

Cette intervention est réalisée dans le but de contribuer au bonheur de personnes mal-voyantes, en leur redonnant ou leur améliorant la vue.

 

PARCOURS DU GREFFON

1) Rôle du cadre infirmier coordinateur

Il consiste tout d’abord à recenser les personnes décédées (cadavres ou comas dépassés), susceptibles d’être donneuses. Puis prendre contact avec la famille du défunt dans le but de recueillir le témoignage du consentement.

Démarre ensuite une procédure complexe à exécuter dans le respect des règles de bonnes pratiques définies par la loi.

Les principales étapes sont les suivantes :

- obtenir la signature du constat de la mort par un médecin indépendant de l’équipe qui va greffer, c’est à dire non ophtalmologiste.

- interroger le Registre National des Refus, afin de vérifier la non inscription du défunt sur celui-ci.

- après validation de la procédure, vérifier la bonne qualité de la restauration tégumentaire après le prélèvement.

2) Le prélèvement

Il est réalisé par les internes d’ophtalmologie durant leur journée de service ou leur garde, et ceci à toute heure. Désormais seule la cornée est prélevée (de façon stérile), c’est à dire un petit disque de 11 mm de diamètre, le

globe oculaire reste donc entier et en place. La cornée

du défunt est remplacée par une sorte de lentille de contact et les paupières sont suturées par dessus avec

un micro fil transparent.

 

3) La conservation

La cornée est immédiatement mise dans un liquide de conservation de façon stérile, et est apportée dans l’étuve de la banque de cornées. La conservation des greffons est réalisée en organoculture dans une étuve à 31°C.

            4) Les contrôles

Une série de contrôles est effectuée portant à la fois sur la sécurité du greffon mais aussi sur sa qualité.

a) D’un point de vue sécuritaire.

- Respect des contre-indications aux dons d’organes.

- Un contrôle bactériologique des milieux de conservation est effectué à 2 reprises durant le processus de conservation par le service de bactériologie.

- Contrôle des sérologies légales est effectué sur le sang du donneur. Celui-ci doit être négatif pour HIV 1, HIV 2, HTLV 1, HTLV 2, les virus des hépatites B et C et la syphilis.

b) Contrôle de qualité du greffon.

Il consiste en un double contrôle :

- Le premier contrôle porte sur la transparence macroscopique de la cornée.

- Le deuxième contrôle porte sur le nombre de cellules dites endothéliales (situées sur la face interne de la cornée) que contient le greffon.

On sait que la transparence à long terme d’une greffe est directement liée au nombre de cellules ainsi qu’à leur morphologie. Pour cela, les cellules endothéliales sont comptées au début et à la fin de la conservation. Ainsi une cornée sera jugée apte à la greffe si elle renferme plus de 2000 cellules/mm2, si leur morphologie est régulière et leur taux de mortalité < 2%.

Après ces contrôles, environ 55% des greffons sont aptes à la greffe.

 

TECHNIQUE OPERATOIRE

1) Dispositif opératoire.

a) préparation

Un collyre myotique est instillé dans l’œil car la pupille doit être en myosis le plus souvent.

Les cils sont coupés. Intervention réalisée sous anesthésie générale et totalement sous microscope opératoire.

b) installation du patient

Il sera installé confortablement sur la table d’opération en décubitus dorsal. La tête repose sur une têtière, les bras sont allongés le long du corps et fixés. Un coussin sera placé sous les genoux afin de soulager la région lombaire et les jambes seront fixées.

Le chirurgien sera à la tête du patient, l’aide à sa droite. A sa gauche se trouve le microscope utilisé pour l’intervention.

c) confection de 2 tables d’instrumentation

Une sera réservée à la préparation du greffon.

c) l’antisepsie

Elle est réalisée à la bétadine ophtalmique 5% sur l’hémiface côté à opérer, en lavant les culs de sacs conjonctivaux avec un coton tige autour du globe oculaire.

d) le drapage

Le corps, ainsi que l’intégrité de la face du patient sont recouverts d’un champ.

Le champ est muni d’une fenêtre fermée adhésive qui est incisée pour avoir accès au globe oculaire. Changement de gants.

e) installation du microscope

Mise en place de manettes stériles par le chirurgien et de la pédale de commande de focalisation, du zoom et de déplacement.

 

2) Temps spécifiques

Avant de commencer l’intervention, le chirurgien doit impérativement regarder la fiche de conformité accompagnant le greffon, sur laquelle figure le statut sérologique du donneur ainsi que les contrôles qualité endothéliaux et de sécurité microbiologique.

Protocole opératoire

Exposition de l’œil :

- muscle droit supérieur sur un fil tracteur

- pose de l’écarteur à paupières

Castroviejo, fil 3/0 (soie noire), pincette

Blepharostat colibri.

Détermination du diamètre de la cornée à greffer.

En général 8.25 mm (parfois 7.25 ou 6.25)

Compas de Sourdille

Préparation du greffon sur la table d’instrumentation :

- le greffon est rincé avec du BSS

- Posé sur un socle de silicone

- Trépanation (veiller à ce que le trépan soit rigoureusement vertical)

1 grande cupule (dans laquelle sera mis le greffon avec le produit de conservation), 1 grande pince de Bonn, 1 pince de Jayle, 1 socle de silicone 1 seringue avec canule reykroft+BSS, 1 trépan de 8.25mm de diamètre.

Mise en attente du greffon :

Sur l’autre table d’instrumentation, déposé sur un carré d’éponge imbibé de BSS, sous une cupule de verre servant de cloche pour le protéger d’une éventuelle chute d’instruments.

Petit carré d’éponge, BSS, cupule de verre.

Trépanation de la cornée pathologique

 

- Ablation de la cornée.

Dispositif de trépanation automatisé à usage unique de 8.00 mm de diamètre, ciseaux, pince râteau (maintien de l’œil).

Micro-ciseaux de Vannas, pince de Bonn.

Protection des tissus par application de produit visco-élastique

Seringue +Provic ®

Pose délicate du greffon sur l’œil

Serpette, pince de Bonn

Amarrage du greffon par 4 points aux 4 points cardinaux.

Monofil 10/0, castroviejo, pince de Bonn, micro-ciseaux de Vannas.

« Regonflage » de l’œil.

Seringue + BSS + air (petite bulle de 3mm).

Réalisation d’un surjet de 360° en étoile.

Castroviejo, monofil 10/0, pince de Bonn.

Ablation des points d’amarrage.

Pince de Bonn, micro-ciseaux de Vannas.

Equilibration de la tension du surjet, afin qu’il soit étanche et éviter tout problème d’astigmatisme.

Crochet, pince de Bonn.

Vérification de la régularité du bourrelet.

Fléchettes pour « éponger » le BSS superflu.

Réalisation du nœud sur le surjet et enfouissement de celui-ci.

2 Pinces de Bonn, micro-ciseaux de Vannas.

Injection sous-conjonctivale d’antibiotique et de corticoïde.

Seringue + aiguille +Néomycine +Célestène.

Ablation du blépharostat

 

Réalisation d’un pansement occlusif par compresses et coque oculaire.

Compresses + coque + élastoplaste.

 

3) examens de laboratoire et traçabilité

Des prélèvements microbiologiques (type hémocultures sur 3 flacons Bactec ® aéro-anaérobie et Sabouraud) sont réalisés sur le liquide de conservation du greffon à la fin du geste.

La collerette restante du greffon est envoyée au laboratoire d’anatomopathologie.

La cornée pathologique est elle aussi, adressée au laboratoire d’anatomopathologie.

La fiche de distribution de produits sanguins labiles (fiche de traçabilité du greffon) doit être remplie et signée par le chirurgien, un exemplaire sera renvoyé à la banque de cornées (EFS Loire/Auvergne), un autre sera classé dans le dossier médical du patient.

 

CONCLUSION

Le patient est réinstallé dans son lit, de façon confortable, en toute sécurité et conduit en salle de soins post-interventionnels, avec son dossier (sur lequel l’infirmière circulante aura noté les transmissions) et les consignes post-opératoires (antibiothérapie post-opératoire le plus souvent).

Il retrouvera une acuité visuelle et fonctionnelle très progressivement. Les résultats sont jugés entre 1 et 3 mois, mais la vision définitive n’est obtenue qu’après 9 mois à 1 an, après l’éventuelle ablation du fil. Les rejets sont peu fréquents (entre 10 et 20%) et généralement curables.

Au total, la greffe de cornée est une des greffes les plus simples et dotée d’un taux de succès important.