Octobre 2016 (semaine 40)

[IHRIM] - Colloque international « Fictions de la Révolution »

(Seconde partie)

Université Jean Monnet Saint-Étienne - Site Tréfilerie
33 rue du 11-Novembre - Bâtiment G - Salle du Conseil (G0.5)

Depuis quelques années, l’équipe stéphanoise de l’UMR LIRE (actuel IHRIM) a engagé une réflexion de fond sur la mise en fiction de la Révolution française tout au long du XIXe siècle. La parution en 2014 chez « Armand Colin / Recherches » des Romans de la Révolution, 1790-1912, ouvrage collectif co-dirigé par Aude DÉRUELLE et Jean-Marie ROULIN...

Programme co-organisé par l'IHRIM (UJM Saint-Étienne)
et le RIRRA 21 (Université Paul-Valéry Montpellier 3).

Première partie : 12-13 mai 2016  l  Montpellier ;
Seconde partie : 6-7 octobre 2016  l  Saint-Étienne.

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  • Depuis quelques années, l’équipe stéphanoise de l’UMR LIRE (actuel IHRIM) a engagé une réflexion de fond sur la mise en fiction de la Révolution française tout au long du XIXe siècle. La parution en 2014 chez « Armand Colin / Recherches » des Romans de la Révolution, 1790-1912, ouvrage collectif co-dirigé par Aude DÉRUELLE et Jean-Marie ROULIN, a constitué une étape importante dans ce projet, et plusieurs thèses ont été inscrites dans ce champ de recherche. Élargissant le champ de l’enquête à tous les genres fictionnels (roman, théâtre et poésie), ce colloque international, organisé en partenariat avec le RIRRA 21, sera consacré aux « Fictions de la Révolution, 1790-1912 ».
  • Le XIXe siècle est fils de la Révolution française, et lui-même siècle des révolutions : l’événement qui l’a fondé est sans cesse repensé et revécu, en mémoire et en acte. L’analyse historique, le débat idéologique sur cette question ont dans cette période des enjeux immédiats ; ils sont étroitement articulés à l’engagement philosophique, politique et social dans le monde contemporain. D’où un recours important aux usages et aux pouvoirs de la fiction : écrire la Révolution française, c’est à la fois élaborer une modélisation pour mieux la comprendre, défendre une position idéologique marquée et se donner des outils (voire des armes) pour agir dans l’espace public.
  • Ainsi que l’a montré le récent ouvrage collectif Les Romans de la Révolution, 1790-1912, les fictions de la Révolution adoptent souvent une forme romanesque ressentie comme propre à la modernité et comme le support privilégié d’une large diffusion populaire. Elles s’incarnent également sur les scènes théâtrales, chaque fois que la censure et les circonstances politiques l’autorisent ; la Révolution française investit également le domaine poétique, en creux (La Légende des siècles) ou explicitement, chez Chénier, Lamartine, Hugo, Rimbaud et bien d’autres écrivains militants, notamment quarante-huitards (on songe à Joseph Boulmier, dont Vallès célèbre les rimes rouges et les enthousiasmes républicains). C’est à ces écritures fictionnelles (roman, nouvelle, théâtre, poésie) de l’événement qu’on s’intéressera, sans intégrer dans notre corpus les mémoires ou les textes historiographiques qui pourront faire l’objet par la suite d’un prolongement de la réflexion. La périodisation adoptée, 1790-1912, couvre l’ensemble d’un « grand » XIXe siècle où le débat républicain reste inséparable du questionnement sur la Révolution française.
  • Contemporaines de l’essor du drame romantique et du triomphe du roman historique en France, les fictions de la Révolution élaborent une poétique de l’histoire en perpétuel dialogue avec les genres dont elles participent. La mise en intrigue, le système des personnages, l’esthétique épique et/ou pathétique élaborent un ensemble de lieux communs, continuellement déplacés ou reconfigurés ; plus radicalement, les choix narratifs, l’agencement de la fable, les références intertextuelles interrogent et problématisent la vision de l’histoire mobilisée par chacune des œuvres. Ces dispositifs incessamment remaniés permettent d’articuler œuvre historique et fiction d’actualité : représenter la Révolution, c’est produire un discours socio-historique sur le présent.
  • L’enjeu est majeur, puisque les fictions de la Révolution inventent, diffusent, imposent ou combattent les mythes et légendes qui constituent l’événement dans la mémoire collective. Romans, drames et poèmes sont, de facto, essentiellement politiques quand ils abordent l’événement fondateur dont la lecture détermine l’ensemble des positionnements idéologiques contemporains : la sélection des épisodes, la représentation des personnages (réels ou fictifs), l’orientation axiologique du propos construisent un discours polémique voire militant, la fiction ouvrant sur les interstices ou les envers de l’historiographie – d’où son efficacité critique, mais aussi son potentiel subversif.
  • Cette capacité de la fiction à poser les questions autrement, en décentrant les perspectives et en désamarrant les discours, explique que la Révolution française s’inscrive parfois comme une ombre portée (on songe à Une histoire sans nom), ou un hors-cadre vers lequel obstinément l’intrigue fait signe. En 1859, la préface de La Légende des siècles annonce « des empreintes successives du profil humain, de date en date, depuis Ève, mère des hommes, jusqu’à la Révolution, mère des peuples » – alors que le recueil engloutit dans une ellipse toute évocation de la période révolutionnaire, tout en se prolongeant chronologiquement jusqu’au XXe siècle. La poétique du détour permet aussi de problématiser à nouveaux frais des questions aussi brûlantes que celles de la violence politique, ou du rapport entre civilisation et barbarie – ainsi de Salammbô, dont Élémir Bourges, avec Sous la hache, montre la portée métaphorique déjà soulignée par Flaubert dans le débat critique qui suit la parution de l’œuvre. Il arrive qu’à l’inverse, l’évocation directe de la Révolution s’infléchisse sous l’effet d’événements plus récents : « Le Forgeron » de Rimbaud propose un addendum social et pré-communard à la poésie républicaine de Hugo.
  • Le programme Fictions de la Révolution débouchera sur la publication d’un ouvrage collectif à paraître courant 2017. Cet ouvrage sera préparé lors de deux rencontres, où seront invités les meilleurs spécialistes de la question, en France, en Europe et aux États-Unis ou au Canada, ainsi que des doctorants.

Comité scientifique
Olivier BARA, Professeur, Université Lumière Lyon 2 ;
Jean-Claude BONNET, Directeur de Recherche émérite au CNRS, UMR 8599 CELLF, Université Paris-Sorbonne ;
Catherine NESCI, Professeure, University of California, Santa Barbara.

Contacts

Jean-Marie ROULIN

Corinne SAMINADAYAR-PERRIN
corinne.saminadayar-perrin @ univ-montp3.fr