Aurélien Antoine

Aurélien AntoineExpert en droit public

 

Aurélien Antoine est professeur de droit public à l’UJM depuis 2012 et membre du laboratoire CERCRID (CEntre de Recherches CRItiques sur le Droit).

Ce poste de Professeur des Universités fait d’Aurélien un enseignant-chercheur aux multiples missions : enseignement et recherche bien sûr, mais il est également vice-doyen de la faculté « relations internationales et communication », responsable de deux formations (un master et le collège de droit), chargé de l’école doctorale de droit, membre du conseil d’administration de l’UJM et du Conseil de Faculté, et depuis deux ans titulaire d’une chaire en droit public et politique comparés.

 

Parcours

Le droit, contrairement à d’autres domaines, n’est pas enseigné dès le lycée, mises à part quelques options. Pour Aurélien, c’est le sentiment d’injustice rencontré au fil de sa vie et son intérêt pour les cadres et les règles qui l’ont orienté vers le droit.

« J’avais un très grand intérêt pour la chose publique, la vie politique, depuis tout petit dans mon cadre familial. Les études scolaires m’ont apporté de l’intérêt pour l’économie et les sciences sociales. »

Arrivé en faculté de droit avec l’intention de devenir avocat, Aurélien est marqué par un professeur d’Histoire du Droit, qui lui donne envie de faire ce métier.

« C’était un horizon de liberté de penser qui m’a passionné. Ça a été une vraie révélation, même un peu caricaturale comme on rentre en religion ! »

Après un master, Aurélien réalise une thèse à Grenoble, en droit public et économique, branche du droit administratif. Cette thèse lui confère le grade de « docteur » et lui permet de déposer un dossier au Conseil National des Universités (CNU). Après qualification par le CNU, Aurélien est autorisé à postuler pour un emploi de maître de conférences en Université.

« En droit, la qualification est difficile à obtenir, elle est encore très sélective. »

Après cette qualification obtenue, Aurélien est recruté à Clermont-Ferrand pour 4 ans. C’est à ce moment-là qu’il passera l’agrégation de droit, avec de nombreuses épreuves dont certaines à Paris, qui lui permettent de devenir Professeur.

« L’agrégation, c’est un peu un parcours du combattant ! Et le fonctionnement est très discriminant. Les épreuves à Paris notamment, qui représentent de grosses dépenses pour les candidats. »

 

Une carrière dans le droit public

Aujourd’hui, Aurélien exerce en droit comparé, et est en particulier spécialiste du droit public britannique.

Pour ne pas nous perdre dans ces différents termes, il explique :

« Le droit privé concerne les relations entre les personnes privées, physiques ou morales comme des entreprises ou des associations. Le droit de la famille et le droit pénal en font partie. Le droit public, lui, concerne les relations État – citoyens, administration – administrés, service public – usagers… »

Parmi ses nombreuses missions, Aurélien est chercheur. Et en droit, il n’est pas aisé de se représenter ce qui peut constituer un sujet de recherche !

« D’abord, on cherche à faire comprendre. Les lois et décisions de justice sont souvent obscures, et notre rôle est d’expliquer comment elles émergent, et d’y apporter un regard critique. On signale des vides, des contradictions juridiques qui pourraient en découler, on compare avec ce qui se fait ailleurs pour conseiller les législateurs… »

Spécialiste de droit comparé et du droit britannique, Aurélien travaille à l’explication de la vie politique au Royaume-Uni (la Constitution, l’équilibre des pouvoirs), et fait la comparaison avec le système français.

« On compare, pas forcément pour importer, mais certains aspects techniques peuvent être source d’inspiration. Le Royaume-Uni en particulier possède une Constitution très ancienne qui peut être inspirante pour faire face à nos propres problématiques. »

 

Du point de vue des publications, le droit possède là encore ses spécificités.

« Contrairement aux sciences, comme la biologie par exemple, qui grâce à leur langage commun peuvent échanger mondialement, le droit est profondément culturel. Il est le produit de l’histoire, de l’économie, de la sociologie, de l’anthropologie. Contrairement à une formule mathématique, ce qui est vrai en France en droit ne l’est pas forcément ailleurs. »

Et si, en physique par exemple, les outils statistiques et mathématiques permettent de prédire et de modéliser différents phénomènes, le droit ne le permet pas.

« Il est impossible de prédire complètement ce que va donner une règle, car cela dépend de trop de facteurs. »

Le droit est donc resté assez hermétique aux méthodes purement scientifiques et rationnelles.

« On a un côté très littéraire, à l’opposé des sciences dites « dures ». Dans nos thèses, il n’y a pas forcément d’exposition de la méthode. Un historien du droit qui emprunte sa méthode à ses confrères historiens ne l’expliquera pas obligatoirement dans sa publication. Il y a eu une volonté d’inclure la statistique, le travail d’archives et la démarche empirique, mais ce n’est pas généralisé. Pour ma part, je suis plutôt favorable au dialogue entre les méthodes et de les expliciter. »

 

Un métier épanouissant

Pour Aurélien, l’élément central qui le fait se sentir à sa place dans ce domaine et dans ce métier est la liberté :

« On a beau avoir de plus en plus de contraintes, c’est un métier très libre dans notre façon d’aborder nos sujets de recherche, de dispenser nos cours, et notamment dans le cadre social de Saint-Etienne, nous avons une vraie fonction de service public. C’est pour moi une profonde satisfaction, j’ai fait ce métier pour transmettre et avoir la liberté de transmettre. »

Cette grande liberté et la possibilité de gérer son temps au quotidien, permet également à Aurélien de s’investir pleinement dans son cercle familial et le violon qu’il pratique au sein d’un orchestre symphonique reconnu.

 

Et quant au revers de la médaille, il cite les côtés négatifs :

« La dépendance à des budgets que l’on ne maitrise pas, l’obligation de passer par des appels à projets et des tableurs très complexes… On fait des miracles avec le peu d’intérêt que suscite l’Université au sein de « l’élite » politique. Même pour les étudiants, il y a des processus administratifs qui sont très anxiogènes et qui ne permettent pas de prendre en compte la situation et certaines qualités personnelles. »

Et s’il se réjouit de la grande liberté dont il bénéficie, Aurélien est tout de même conscient que la charge mentale est lourde :

« Mon métier, que j’adore, est dans ma tête 7 jours sur 7, 365 jours par an ! J’ai toujours été très consciencieux, et je ne supporte pas que les choses ne soient pas faites, cela conduit parfois à se mettre une certaine pression. »

Pour Aurélien c’est le prix de la liberté, dont il s’accommode facilement au vu des grandes satisfactions apportées par son métier.