3 questions à ... Bertrand LORDON

3 questions à ... Bertrand LORDON

Bertrand LORDON a été nommé Chargé de Mission au Développement Durable par le Président de l'Université Jean Monnet. Nous l'avons interviewé sur sa vision du développement durable en milieu universitaire et sur sa perception de son rôle et de sa mission.

Fleur belle et fragile


Bertrand LORDON
Bertrand LORDON
L'Université Jean Monnet s'engage résolument dans la voie du Développement Durable. En effet, le Président Khaled BOUABDALLAH a désigné Bertrand LORDON en qualité de Chargé de Mission au Développement Durable.
Le 14 février dernier, Bertrand LORDON a proposé au Conseil d'Administration de l'Université une stratégie de Développement Durable pour la période 2011-2015, qui a été approuvée à l'unanimité. 


1 - On parle beaucoup de développement durable, mais comment le définiriez-vous ?


Pour reprendre la formule désormais fameuse de Gro Harlem Brundtland, il s'agit d'un "mode de développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité de satisfaire ceux du futur." C'est-à-dire que face à la rareté des ressources disponibles (en matières premières, bien sûr, mais aussi en eau, en air pur, en relations sociales, en qualité d'existence, en richesses de toute nature), il convient d'inventer des modes de vie qui assurent un niveau raisonnable de bien-être, tout en maintenant la perspective d'une vie authentiquement humaine sur terre.
 
2 - En quoi l'université est-elle concernée ?

Elle est concernée à trois titres :

- Tout d'abord parce qu'en tant qu'institution publique, elle est règlementairement soumise par le « Grenelle 1 » de l'environnement à l'élaboration d'une stratégie de développement durable articulée autour de « 9 défis clés » en matière de : climat, transport, consommation, préservation de la biodiversité, santé, insertion, défis internationaux, éducation et recherche, gouvernance et territoires.

- Ensuite parce qu'en tant qu'établissement de formation, elle se doit d'être tout particulièrement exemplaire, sa mission étant de former les citoyens de demain, c'est-à-dire ceux qui seront en charge de la Res Publica au cours du XXIè siècle, à la conduite de cette inflexion majeure.

- Enfin parce qu'elle est un acteur important de son territoire (plus de 15 000 personnes qui travaillent, se déplacent, consomment, entretiennent des relations entre elles et avec leurs partenaires extérieurs), et qu'elle ne peut évidemment se désintéresser des effets que ses actions produisent sur son environnement.

3 - Que peut concrètement, en la matière, un chargé de mission au développement durable ?

Il lui faut se montrer à la fois ambitieux et modeste :

- Ambitieux, car les défis sont immenses : il faut nous engager dans la lutte contre le réchauffement climatique, économiser nos ressources, traiter proprement nos déchets, sélectionner nos fournisseurs selon des critères rigoureux et équitables, renforcer la densité et la richesse des liens qui nous unissent, bref, nous montrer à la hauteur de notre responsabilité sociale et environnementale, tout en garantissant bien sûr la qualité de notre recherche et de nos formations !
 
- Modeste, car ces défis vont bien au-delà des capacités d'action d'une seule personne : de nombreuses initiatives existaient à l'Université Jean-Monnet avant ma désignation comme chargé de mission, et les mesures qui seront adoptées à l'avenir ne pourront porter leurs fruits que si elles reposent sur des impulsions et des relais aussi multiples que possible, internes à l'établissement (étudiants, enseignants, personnels administratifs et de service), mais aussi à l'extérieur (fournisseurs, sous-traitants, autres établissements, collectivités locales, société civile...)

Car ne nous y trompons pas, il s'agit bien d'un enjeu de civilisation, et l'action ne saurait être menée à bien que de façon collective. Sans se laisser paralyser par l'ampleur de la tâche, il convient donc d'adopter la « stratégie du colibri » chère à Pierre Rabhi : refuser le faux confort du statu quo, agir résolument, chacun à sa place, dans la voie que la raison et la conscience indiquent, et parier sur l'effet d'entraînement que procure la joie de participer à une œuvre salutaire.

Publié le 1 avril 2011