Pierre-Marie ZanettaCosmochimiste, minéralogiste

Astrominéralogiste et cosmochimiste au LGL-TPE (Laboratoire de Géologie de Lyon – Terre, Planètes, Environnement), Pierre-Marie s’intéresse à la formation de notre système solaire en étudiant les roches qui nous parviennent de l’espace, et notamment les météorites.
« Je caractérise les échantillons de roches extraterrestres, soit des météorites trouvées sur Terre, soit des échantillons spatiaux de surface d’astéroïdes rapportés sur Terre par des missions spatiales. J’étudie leur pétrographie, leur minéralogie. Je coupe la roche, je regarde de quoi elle est constituée, et particulièrement la chimie des minéraux. Cela me donne des informations sur comment la roche s’est formée, dans quelles conditions, où dans le système solaire, son âge... »
Cette étude approfondie des roches extraterrestres permet à Pierre-Marie de dresser un tableau de ce à quoi ressemblait le système solaire avant la formation de la Terre. Il s’intéresse principalement à ce qu’on appelle le « réservoir » de minéraux, qui était présent dans ce système solaire avant la formation des planètes, et tente de lier ce réservoir primitif à la formation de nos planètes : comment la matière a évolué pour ensuite s’accréter sous forme d’astéroïdes, de planétésimaux, ou de planètes.
Un parcours semé de sciences
« Petit, je savais que j’aimais beaucoup les sciences, c’est venu assez tôt. Ma mère nous a toujours poussés à être très curieux de plein de choses, et la science était un moyen pour moi d’être curieux, d’essayer de tout comprendre. »
Dès l’enfance, Pierre-Marie observe beaucoup les étoiles. Au lycée, il hésite : maths ? Médecine ? Sciences de la Terre et de l’Univers ?
Son option de maths renforcées lui plaît, mais il lui manque de la physique. Et fils d’une mère médecin, il souhaite découvrir autre chose.
C’est une enseignante de lycée qui sera à l’origine de la bascule :
« Les enseignants de SVT sont souvent plus portés vers les Sciences de la Vie plus que celles de la Terre, mais j’ai eu une enseignante géniale qui nous a emmenés en stage de terrain, et qui m’a permis de découvrir cette science et de continuer sur cette voie. Elle fait vraiment partie des personnes qui ont marqué mon parcours et bouleversé ma vie d’une certaine manière. »
Une fois lancé dans son parcours de Sciences de la Terre, Pierre-Marie découvre tout un panel de disciplines : volcanologie, minéralogie, sédimentologie, hydrogéologie… Et au fil des années, et notamment en master, on lui demande de se spécialiser petit à petit.
« J’aimais tout faire en même temps, je ne voulais pas sélectionner l’une de ces sciences en particulier. La planétologie et les sciences de la Terre et de l’Univers sont plus larges, il faut un peu de tout. On est un peu moins spécialistes, mais cela m’a permis de ne pas décider ! »
Après une licence de Sciences de la Terre et de l’Univers, Pierre-Marie entame un master de planétologie et d’exploration spatiale à Paris, qui regroupe plusieurs grandes structures scientifiques (Observatoire de Paris, Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris (MNHN), Sorbonne Université, Université Paris-Saclay à Orsay et Versailles). Durant ce master, il réalise un premier stage sur la géomorphologie des vallées martiennes, puis un second au MNHN sur les météorites, auprès de la responsable des collections Brigitte Zanda, toujours dans cette optique de continuer à mêler plusieurs sciences. C’est à ce moment-là que Pierre-Marie comprend qu’il souhaite travailler sur ces échantillons-là.
« C’était un premier gros fracas dans le choix de ce que je voudrais faire plus tard comme métier. »
Il continuera ensuite en thèse à Lille, co-dirigé par Brigitte Zanda et Hugues Leroux, dont la rencontre sera le second déclencheur d’une passion et d’une carrière :
« Hugues Leroux est microscopiste. Il utilise des microscopes électroniques qui sont devenus ma spécialité, et qui permettent d’étudier les échantillons à l’échelle de la roche (centimètre), jusqu’à l’échelle de l’atome. On étudie ces minéraux à leur échelle la plus petite possible. Quand on devient microscopiste, c’est une compétence tellement spécifique et difficile à acquérir que ça devient une vraie passion et une vraie spécialité. »
Après sa thèse, Pierre-Marie est convaincu de vouloir être chercheur, et se destine plus précisément à un métier d’enseignant-chercheur à l’université. Il réalise donc un post-doctorat en Arizona, aux Etats-Unis, auprès de Tom Zega. Il travaille alors sur la caractérisation des minéraux réfractaires, qui permettent de dater le système solaire grâce à l’analyse de la désintégration de différents éléments.
« A ce moment-là, ce laboratoire était partenaire de deux missions spatiales d’échantillonnage d’astéroïdes, ce qui est très rare. Par mes compétences de microscopie, j’ai été intégré aux équipes qui travaillaient sur ces missions pour caractériser ces échantillons jusqu’à l’échelle atomique. »
Souhaitant rentrer en France pour trouver un poste, Pierre-Marie intègre finalement le LGL-TPE auprès d’Anne-Magali Seydoux-Guillaume et Pierre Rochette, pour un dernier post-doctorat sur les tectites.
« Ce sont des roches produites à la suite de l’impact d’une météorite sur Terre. Le météore tombe sur Terre, crée un cratère et fait fondre la surface de la Terre. Une partie de cette roche fondue est expulsée hors de l’atmosphère terrestre et retombe sur Terre, sous forme de petites gouttelettes de magma fondu. On les retrouve ensuite sur Terre et on peut les analyser pour mieux comprendre ce qu’elles ont vécu, et tenter de retrouver le cratère source. »
Dans cette étude, il est question de météores datés du quaternaire, soit environ 800.000 ans, époque de l’apparition des premiers Homo erectus. Ces impacts ont donc pu être observés par les premiers humains !
Suite à ce post-doctorat, Pierre-Marie est recruté comme chercheur CNRS au LGL-TPE, où il exerce aujourd’hui.
Une carrière en recherche
Pierre-Marie est conscient que ce parcours sans accroc n’est pas gagné pour toutes celles et ceux qui se lancent dans l’aventure :
« Entre des collègues qui ont intégré ce métier il y a 20 ans et aujourd’hui, on n’a pas la même certitude d’en arriver là. On se lance dans l’aventure, mais il y a beaucoup moins de postes et d’argent. Les places sont chères et on n’est pas sûr de pouvoir travailler dans ce domaine si spécifique à la fin. »
Outre son enseignante de lycée, de nombreuses personnes ont marqué son parcours, chacune apportant sa pierre à un édifice fait de rencontres, d’opportunités, et de passion !
« Sylvain Bouley, Brigitte Zanda, Hugues Leroux, Tom Zega et Anne-Magali Seydoux-Guillaume sont ceux qui m’ont suivi tout au long de mon parcours. Mes directeurs de thèse m’ont aidé et conseillé jusqu’à mon entrée en poste, bien après la fin de ma thèse. Ce n’est pas toujours le cas, j’ai eu beaucoup de chance. »
Dans son parcours, Pierre-Marie relève un passage plus difficile, celui du passage des concours.
« J’ai tenté des concours, dont celui du MNHN, mais ils sont difficiles, donc ça n’a pas fonctionné. Après ça je ne voyais plus d’opportunités immédiates pour devenir maître de conférences. J’ai donc tenté le concours CNRS, tout aussi difficile d’ailleurs, et cette fois j’ai été classé, puis reçu lors de ma seconde tentative ! »
Lorsqu’on aborde les déplacements à l’étranger, notamment pour le post-doctorat aux USA, ce sont d’autres aspects que relève Pierre-Marie :
« A l’époque je n’étais pas à l’aise en anglais au début de ma thèse. Partir me rendait curieux mais me faisait aussi un peu peur. Et à force de côtoyer des étudiants internationaux, j’ai été de plus en plus à l’aise avec la langue et j’ai fini par avoir envie de voir autre chose, et ça a été génial. C’est difficile aussi pour les relations personnelles, même si ça s’est bien passé pour moi. Nécessairement, cela repousse un peu le développement d’une vie de famille. Cela nous fait évoluer mais cela peut rajouter une pression supplémentaire. »
Pierre-Marie relève aussi, du côté des difficultés du métier, la compétition qui existe dans l’accès aux postes, ainsi que l’évolution de ce métier :
« Il y a beaucoup de tâches de relecture, d’écriture de dossiers et de projets, que j’aime bien faire de temps en temps mais qui parfois prennent un peu trop de place. Dès que l’on veut faire quelque chose, il faut le justifier donc il y a beaucoup d’écriture en parallèle de la recherche pure. »
La recherche disposant de moins en moins de moyens, Pierre-Marie regrette aussi de ne pas pouvoir toujours mettre en place tout ce qu’il souhaiterait.
« Par certains aspects c’est intéressant, mais par beaucoup d’autres c’est très limitant, et c’est frustrant de ne pas avoir le temps et les moyens de faire les choses à la mesure de ce que l’on voudrait. »
Cependant, en parallèle de ces quelques aspects parfois négatifs, il apprécie la diversité des activités au quotidien :
« Chaque jour est différent. Parfois on fait beaucoup de bureau, parfois on voyage, on fait des expériences folles, et le lendemain on anime un atelier pour la Fête de la Science…et tout ça fait partie du métier ! »
Il cite aussi la passion, et le plaisir que représente la possibilité d’exercer un métier aussi passionnant.
« Réfléchir à comment le système solaire s’est formé, c’est quand même assez chouette ! ».
Et cette passion, Pierre-Marie aime la transmettre :
« Que ce soient des étudiants ou des publics en animation, quand on voit qu’ils comprennent, ont des questions, et n’ont pas envie de partir parce qu’ils veulent continuer de parler de ce sujet-là, c’est aussi très plaisant. »
Et pour la suite ? Au programme, des dépôts de nouveaux projets, des partenariats à l’étranger et l’observation du ciel à la recherche de nouveaux météores…avec même un peu de science participative, et bien sûr toujours de la passion !



