[IHRIM] - Colloque international et interdisciplinaire « Mondes franciscains. (Re)lectures de huit siècles d’histoire de l’Ordre »
Du 13 mai 2027 au 14 mai 2027
Université Clermont Auverge (UCA) - Maison des Sciences Humaines (UAR 3550)
4 rue Ledru - 63000 Clermont-Ferrand - Amphithéâtre 219
Événement coorganisé par Vito AVARELLO (IHRIM-Saint-Étienne), Donatella BISCONTI (IHRIM-Clermont Auvergne) et Cai JIN (IHRIM-Saint-Étienne)
Appel à communications
Date limite de soumission : 10 octobre 2026
Télécharger l'appel à communications (Français / Italien / Anglais)
- Plus de huit siècles après l’émergence de la figure de François d’Assise et la naissance du mouvement des Frères mineurs, le franciscanisme demeure l’un des phénomènes religieux, culturels et intellectuels les plus féconds de l’histoire médiévale et moderne. Par son influence durable, il a profondément marqué la production des textes, la circulation des savoirs, les représentations de la nature, les dynamiques missionnaires ainsi que les traditions philosophiques et scientifiques de l’Occident et au-delà. Le colloque international « Mondes franciscains. (Re)lectures de huit siècles d’histoire de l’ordre », qui se tiendra à Clermont-Ferrand les 13 et 14 mai 2027, vise à promouvoir une approche résolument interdisciplinaire du phénomène franciscain, en réunissant des chercheurs issus de différents champs des sciences humaines et sociales. L’objectif est d’explorer la pluralité des formes d’expression du franciscanisme, depuis le Moyen Âge jusqu’à l’époque contemporaine, en interrogeant ses continuités, ses transformations et ses relectures successives.
Cette pluralité est contenue en germe dans la personnalité du fondateur, que nombre de reconstitutions hagiographiques ont tenté d’édulcorer, à partir de la Legenda Maior de Saint Bonaventure, qui place la sainteté de François à un niveau tellement inatteignable qu’il devient possible de justifier les dérives conventuelles de l’ordre, jusqu’à une certaine filmographie contemporaine qui accentue l’élan mystique au détriment de la Règle et du Testament du saint. Cependant, la qualité radicale de l’œuvre et de la prédication de saint François refont surface au fil de l’histoire de l’ordre, non seulement dans l’opposition entre Conventuels et Spirituels d’abord, puis entre Observants et Conventuels, mais à des époques plus récentes, dans l’activité missionnaire d’envergure qui caractérise le mouvement jusqu’à nos jours, aussi bien chez le premier ordre que chez les Clarisses, et qui a son origine dans le voyage chez les “infidèles” du saint d’Assise.
En même temps, la réflexion théologique ockhamienne, grâce à l’observation des processus intellectuels qui ne peuvent pas faire abstraction de la perception sensible, accentue paradoxalement la scission entre foi et raison et favorise la naissance d’une pensée laïque, en tout cas non connotée comme immédiatement confessionnelle. Cette même attention à la perception des phénomènes naturels, qui était propre au saint fondateur, dans une optique de reconnaissance de l’ordre hiérarchique de la nature que Dieu a établi, nourrit la science franciscaine, qui aspire à lire le grand livre de la nature de manière non apodictique, mais en recherchant les traces du Créateur dans ses créatures. Ce nouveau regard, à côté d’autres mouvements culturels, tels l’humanisme, prépare la révolution scientifique qui connaîtra son essor à partir du XVIe siècle.
Comme l’ont montré Pierre Duhem et, plus récemment, Enrico Giannetto à l’occasion du colloque « La philosophie de la nature de François d’Assise à Léonard de Vinci », les racines de la science moderne remontent au Moyen Âge et, plus précisément, à la révolution franciscaine. Les condamnations ecclésiastiques du XIIIᵉ siècle, culminant avec celle de 1277 promulguée par Étienne Tempier, favorisèrent une critique systématique de l’aristotélisme par le recours à la potentia Dei absoluta (puissance absolue de Dieu). La révision de la métaphysique, de la physique et de la cosmologie aristotéliciennes qui en découla ouvrit la voie à de nouvelles conceptions de la matière, du temps, du mouvement et de la contingence de la création, dont émergèrent des développements fondamentaux tels que la cinématique, la théorie de l’impetus, la relativité du mouvement ainsi qu’une nouvelle cosmologie à caractère temporel et évolutif.
D’autre part, l’attitude du scientifique, qui se penche sur les phénomènes les plus humbles car tous sont l’œuvre du Créateur, n’est pas si loin de l’esprit de solidarité sociale propre à la résurgence de la pensée franciscaine contemporaine qui allie le retour au paupérisme originaire à une perspective écologique intégrale : sauver la nature et racheter l’homme de sa misère morale, économique et sociale, ne sont, en fin des comptes, que la même démarche.
Ainsi, si la reconstitution philologique de l’oeuvre et de la prédication franciscaine caractérise l’historiographie contemporaine, l’extrémisation des positions issues de la pensée franciscaine fait surface de manière récurrente à des moments clés de l’histoire, notamment lors du Risorgimento italien, alors que saint François, « le plus italien des saints et le plus saint des Italiens » (Vincenzo Gioberti), est proclamé patron d’Italie à côté de sainte Catherine, ou lorsque le fascisme s’empare de la figure du saint assisiate selon une interprétation radicalement nationaliste. Plus récemment, les implications politiques, au sens large du mot, propres à la pensée franciscaine, en particulier la relation entre paix, justice sociale et refus de la richesse, sont tour à tour revues et actualisées depuis l’apparition du mouvement.
Il en va de même pour les représentations artistiques, depuis celle de Cimabue, qui privilégie la dimension eschatologique développée par l’ordre franciscain, ou de celle de Giotto, très proche de l’hagiographie bonaventurienne, jusqu’au renouveau artistique des XVe et XVIe siècles – qui, selon Henry Thode, fut influencé, entre autres, par la réévaluation de la nature chez saint François – , pour en arriver à l’art contemporain avec des artistes comme Burri, Calzolari et Morlotti.
Aussi le colloque se propose-t-il d’apporter un regard nouveau sur cette histoire complexe longue de huit siècles. Il vise à offrir un espace de dialogue sur la richesse et la diversité des mondes franciscains. En articulant écritures, savoirs, nature et missions, il propose de repenser le franciscanisme non comme un objet unifié et figé, mais comme un ensemble de dynamiques historiques, culturelles et intellectuelles en constante transformation, du XIIIe siècle à nos jours.
Une place de choix sera accordée aux jeunes chercheurs (doctorants et jeunes docteurs de moins de 35 ans). Leurs propositions de communication, porteuses de nouvelles perspectives et de recherches émergentes, sont vivement encouragées et invitées à s'inscrire dans chacun des axes thématiques développés ci-dessous.
AXES THÉMATIQUES
Les propositions de communication pourront s’inscrire dans l’un des six axes suivants :
1. Littérature médiévale et traditions textuelles franciscaines
— Sources franciscaines, hagiographie et production narrative ;
— Littérature des milieux mineurs ;
— Représentations de François et des Franciscains dans les textes médiévaux ;
— Pratiques de l’écriture, de la prédication et de la transmission ;
— Boccace et la philosophie d’Ockham ;
— Approches philologiques et critiques des corpus franciscains.
2. Sciences et savoirs dans les mondes franciscains
— Contribution des Franciscains au développement des savoirs médiévaux et modernes ;
— Les origines médiévales de la science moderne : la révolution franciscaine et la remise en cause de l’aristotélisme ;
— De la potentia Dei absoluta à la nouvelle cosmologie : les fondements franciscains de la pensée scientifique moderne ;
— Mathématiques, alchimie, cosmologie et botanique ;
— Optique et philosophie de la lumière : Grosseteste, Bacon, Pecham ;
— Les encyclopédies médiévales franciscaines : Bartholomée l’Anglais ;
— Les studia franciscains et la circulation des connaissances ;
— Réseaux intellectuels et figures savantes de la tradition mineure ;
— Rapports entre expérience, foi et rationalité scientifique.
3. Nature, création et écologies franciscaines
— Rapport à la nature dans la spiritualité franciscaine ;
— Interprétations du Cantique des créatures ;
— Représentations du monde naturel du Moyen Âge à l’époque contemporaine ;
— Éthique environnementale et écologie intégrale ;
— Nouvelles perspectives sur l’inspiration franciscaine dans la pensée du pape François ;
— Laudato si’ et Fratelli tutti : écologie intégrale, fraternité et vision du monde ;
— Contributions franciscaines aux débats contemporains sur la nature et la durabilité.
4. Missions franciscaines et rencontres interculturelles
— Expansion missionnaire des Franciscains et des Clarisses du Moyen Âge jusqu’à nos jours ;
— Mobilité, voyages et médiations culturelles ;
— Traductions, langues et échanges interculturels ;
— Réseaux missionnaires et circulation des pratiques ;
— Franciscanisme et dialogues interreligieux.
5. Pensée franciscaine contemporaine et encycliques du pape François
— Anthropologie, éthique et théologie dans les encycliques contemporaines ;
— Pauvreté, justice sociale et critique des formes actuelles de pouvoir et d’inégalité ;
— Réceptions, interprétations et influences des encycliques dans le débat théologique et intellectuel actuel ;
— Paix désarmée et guerre globale ;
— Solidarité sociale et paupérisme.
6. (Re)lectures historiques, artistiques, littéraires
— Représentations filmographiques, documentaires, vidéos, performances théâtrales ;
— Représentations artistiques et littéraires du Moyen Âge à nos jours ;
— Saint François entre Risorgimento et décadentisme ;
— Saint François, fascisme et nationalisme ;
— Reconstitutions historiques et biographiques contemporaines.
MODALITÉS DE SOUMISSION
- Les propositions de communication devront comporter :
— le titre de la communication ;
— un résumé (max. 500 mots) ;
— 3 à 5 mots-clés ;
— une courte notice biographique (150 mots maximum), indiquant l’affiliation institutionnelle, les coordonnées de contact et le statut (doctorant, chercheur postdoctoral, chercheur titulaire, etc.).
Les communications pourront être présentées en français, anglais ou italien.
CALENDRIER
- Date limite d’envoi des propositions : 10 octobre 2026
- Notification d’acceptation : 10 novembre 2026
- Colloque : 13–14 mai 2027, Clermont-Ferrand (France)
- Les propositions sont à envoyer à l’adresse suivante : donatella.bisconti @ uca.fr, avec la mention « CFP – Mondes franciscains 2027 », en copie à cai.jin @ univ-st-etienne.fr
Une sélection des communications fera l’objet d’une publication dans un volume collectif soumis à expertise scientifique (peer review).
PRISE EN CHARGE DES FRAIS D'HÉBERGEMENT ET DE RESTAURATION
- L’organisation du colloque assure la prise en charge des frais d’hébergement et de restauration des intervenants pour la durée de l’événement. Les frais de transport des doctorants et jeunes chercheurs seront pris en charge. Nous invitons les collègues titulaires à s’adresser à leurs propres institutions pour les frais de transport. La participation au colloque est gratuite et ne donne lieu à aucuns frais d’inscription.
COMITÉ D'ORGANISATION
- Vito AVARELLO (UJM Saint-Étienne, IHRIM)
- Donatella BISCONTI (Université Clermont Auvergne, IHRIM)
- Cai JIN (UJM Saint-Étienne, IHRIM)
COMITÉ SCIENTIFIQUE
- Vito AVARELLO, MCF hors classe en Études italiennes, UJM Saint-Étienne / IHRIM UMR 5317
- Donatella BISCONTI, PR en Études italiennes, Université Clermont Auvergne / IHRIM UMR 5317
- Giuseppe GIMIGLIANO, Professore invitato, Pontificia Università Antonianum
- Cai JIN, ATER en Études italiennes, UJM Saint-Étienne / IHRIM UMR 5317
- Thierry PÉCOUT, PR en Histoire du Moyen Âge, UJM Saint-Étienne ;
Directeur du Centre européen de recherche sur les communautés, congrégations et ordres religieux (LEM-CERCOR UMR 8584) - Thibaut RADOMME, MCF en Littérature médiévale, UJM Saint-Étienne / IHRIM UMR 5317
- Alberto PIMPINELLI, PR en Physique, Université Clermont Auvergne / Institut Pascal UMR 6602


