Axe 3

LEM-CERCOR - Axe 3Sociabilités et pratiques culturelles dans le monde religieux

Responsable : Philippe CASTAGNETTI

L’histoire des ordres religieux et des congrégations n’a de véritable sens, aux yeux de l’historien, que si les communautés sont étudiées dans leur rapport aux sociétés dans lesquelles elles naissent, se développent, dépérissent et meurent. Pour cela, il convient de promouvoir des analyses croisées entre histoire institutionnelle, histoire sociale et histoire des représentations, afin d’identifier les lieux, matériels et symboliques, où se cristallise la culture plus ou moins spécifique des diverses familles religieuses, ainsi que les espaces de confrontation, dans et hors de l’institution ecclésiale, où l’identité des réguliers fait débat.

 

Thème 1 – Les régimes d’historicité en milieu régulier

Responsables : Philippe CASTAGNETTI (Philippe.Castagnetti @ univ-st-etienne.fr), Sébastien FRAY

1.1. Régimes d’historicité et production textuelle en milieu bénédictin (IXe-XIIe siècles)

L’étude de la production textuelle des communautés bénédictines est une des voies d’approche permettant de cerner la manière dont elles s’institutionnalisent et dont elles interagissent avec la société environnante. Une attention particulière doit être consacrée au régime d’historicité développé par les moines. L’exploration du rapport entretenu avec le passé par une communauté monastique peut suivre différentes voies : l’examen des usages de sa propre histoire en est une, mais il faut aussi tenir compte de la manière dont une communauté peut porter la mémoire de tiers, par exemple celle des lignées aristocratiques en relation avec le monastère.
La recherche gagne à s’exercer sur des dossiers locaux permettant de croiser des textes de nature diverse et de les contextualiser au plus près : gesta abbatum, récits hagiographiques, cartulaires, actes de la pratique, faux. Dans chaque cas, une attention spéciale doit être portée aux processus rédactionnels, aux jeux intertextuels, à la prise en compte de l’horizon d’attente, à la réception effective des textes.

1.2. Productions liturgiques et historiques en milieu congréganiste (XVIIe-XVIIIe siècles)

La délimitation et l’analyse du corpus des sources normatives non juridiques, principalement liturgiques, produites par des ordres et congrégations en nombre croissant à l’époque moderne éclairent les conditions d’élaboration d’une mémoire idéale par les diverses familles religieuses. L’articulation nouvelle entre érudition scientifique et piété à l’âge post-tridentin conduit à une relecture du passé qui actualise la vieille idée de réforme et permet l’évolution de l’habitus religieux.
Dans cette perspective, un accent particulier est mis sur les formes d’intertextualité que met à  jour la comparaison entre le discours du chroniqueur ou de l’historien d’une part, les récits hagiographiques présents dans les livres d’offices d’autre part, plus spécialement dans les propres diocésains et les propres congréganistes, aux visées théologico-pastorales en partie seulement concordantes.

 

Thème 2 – Construire la sainteté : sources et enjeux

Responsables : Philippe CASTAGNETTI (Philippe.Castagnetti @ univ-st-etienne.fr), Sébastien FRAY (sebastien.fray @ univ-st-etienne.fr)

2.1. Récits hagiographiques et société à l’époque médiévale

Ce champ de recherche s’articule autour de trois questionnements complémentaires :

1o) celui de la communicabilité du discours hagiographique et de ses contenus narratifs. Sans doute faut-il prendre au sérieux les intentions exprimées par certains hagiographes de vouloir, à travers le récit qu’ils composent, modeler les comportements de leurs contemporains. Mais cela nécessite de s’interroger sur les moyens de diffusion des injonctions ainsi élaborées : accès au texte lui-même, à des traductions, relais oraux, mise en image... ;

2o) le rapport entre la société dont le récit est issu et le texte lui-même. Si beaucoup d’œuvres, en particulier les recueils de miracles, sont ancrées dans la société de leur temps, elles le sont de façon médiatisée par l’hagiographe, qui informe la narration à partir de sa culture savante, de son agenda idéologique et de son horizon ecclésiologique ;

3o) la valeur du récit hagiographique comme source d’histoire économique et sociale. Recourir au discours hagiographique, qui met en scène des catégories sociales très variées, est d’autant plus légitime pour l’historien que l’on sait aujourd’hui que, loin de donner un accès immédiat à la réalité sociale, les actes de la pratique relèvent eux aussi d’une construction discursive. Toutefois, le discours hagiographique obéit aussi à des logiques conventionnelles et comporte des prismes (ecclésiologique, idéologique, rhétorique, littéraire) dont il faut tenir compte dans l’examen des données économiques et sociales que les récits peuvent contenir.

2.2. Monde religieux et procès de canonisation à l’époque moderne

Les religieux et religieuses sont largement majoritaires dans la population des personnages qui, dans la foulée de la création de la Congrégation des Rites en 1588, ont suscité l’ouverture d’un procès de canonisation, que celui-ci ait abouti ou non. Ces procès, loin de se résumer à un débat sur les signes recognitifs d’une vie sainte, apparaissent, par delà leur caractère très formaté, comme le lieu d’une tension permanente entre la volonté normative d’autorités ecclésiastiques poursuivant des objectifs pastoraux bien définis, et diverses strates de protagonistes, dans et hors du monde clérical, entendus ou pas comme témoins, intéressés de près ou de loin à la reconnaissance officielle d’une nouvelle figure de sainteté.

Privilégiant les enjeux sociaux et culturels que révèle le déroulement des procédures, la recherche s’appuie ici entre autres sur l’organisation de journées d’études autour des problématiques suivantes :
- Les procès de canonisation post-médiévaux comme source pour l’histoire sociale et culturelle : essai de méthodologie.
- La mobilisation des réseaux socio-religieux en vue de l’avancement d’une cause.
- Le rôle des béatifications et canonisations dans la construction de l’identité spirituelle des congrégations.

 

Thème 3 – Monachisme, société, modernité

Responsable : Jean-François BRUN

L’exemple des liens entre religieux et franc-maçonnerie à partir de la fin du XVIIIe siècle.

L’étude d’une loge maçonnique monastique, Le Monastier en Haute-Loire, constitue le point de départ d’une analyse des liens entre sécularisation, spiritualités et laïcité à la fin de l’époque moderne et au début de l’époque contemporaine. Ce projet comporte un volet éditorial important : l’édition de correspondances de bénédictins et de maçons, et celle d’un rituel franc-maçon.